Eléments structurels sur l’économie centrafricaine.
La République centrafricaine est un PMA (pays les moins avancés), avec un indice de développement humain qui le classe parmi les derniers au plan mondial (159ème sur 163 pays considérés), pour un PIB/hab qui s’élève à 477 USD en 2010. Les résultats du dernier recensement de la population (décembre 2003) soulignent la détérioration des conditions de vie (santé, éducation, accès à l’eau, à l’électricité) sur les deux dernières décennies.
Le secteur primaire contribue à 51% du PIB centrafricain et à plus de 90% de ses exportations. Il se compose essentiellement d’une agriculture de subsistance (29% du PIB), de l’élevage (13% du PIB), de la sylviculture (3,8% du PIB) et des industries extractives (2% du PIB, essentiellement le diamant). Dans le secteur minier, les autorités tablent sur l’accélération et la reprise des investissements, respectivement pour les projets uranifère d’Areva et aurifère d’Axmin/Aurafrique. Les industries de transformation (industrie des boissons, sucrerie, fabrication de cigarettes, minoterie, fabrication de tôles et d’articles de ménage en aluminium) restent embryonnaires et aucun nouvel investissement ne semble être prévu. Les services, en général, et notamment la téléphonie mobile, restent dynamiques. Les difficultés quotidiennes de la RCA font passer au second plan les dernières opérations de restructurations et privatisations dans les secteurs de l’eau (Sodeca), de l’électricité (Enerca), des télécommunications (Socatel), des palmeraies et de l’huile de palme (Centrapalm).
Conjoncture économique.
Après de nombreuses années de marasme économique imputable à l’instabilité politique, mais aussi à la mauvaise gouvernance, la République centrafricaine a touché le fond en 2003 (recul du PIB de 4,6%). Depuis, l’économie a redémarré à un rythme modéré (+3,5% en 2004, +3% en 2005) qui s’est accéléré quelque peu en 2006 (+4,3%) et 2007 (+3,6%), tout en étant loin d’atteindre le niveau nécessaire pour amorcer un rattrapage des 20 années perdues précédemment.
La croissance en 2008 et en 2009 est retombée à +2% et à +1,4%. L’année 2010 se serait terminée sur un résultat de 3% tandis que l’on table sur un chiffre de +3,9% en 2011.
L’année 2010 a vu une récupération de l’ensemble des secteurs au premier rang desquels figure le bois (dont les exportations ont progressé de +21%), le BTP (+10,5%) et les industries manufacturières (+7%), soutenues par la consommation intérieure grâce au paiement régulier des salaires et aux travaux à haute intensité de main d’œuvre conduits dans Bangui. Bien qu’aujourd’hui très marginales dans l’économie centrafricaine, les cultures de rente, qui avaient pratiquement disparu, ont connu une croissance remarquable : +37% pour le coton et +32,4% pour le café, en raison d’une amélioration localisée des conditions de sécurité et de la hausse des cours mondiaux.
L’inflation a considérablement ralentie en 2010 (+1,8%), mais repartira certainement à la hausse en 2011 (+3% escomptés), sous l’effet des cours mondiaux des produits alimentaires de base et du pétrole.
Finances publiques.
Les finances publiques de la RCA se caractérisent par un budget de faible ampleur (15% du PIB en 2010), par des investissements publics très faibles (5% du PIB) et par une forte dépendance de l’aide extérieure (32% des dépenses publiques courantes et d’investissement).
On notera cependant que l’Etat a stabilisé en 2010 ses emprunts auprès des banques privées à 15 milliards de francs CFA (23 M€), malgré une dette intérieure en forte croissance, qui doit d’ailleurs être auditée pour les créances récentes (après 2007).
Les dépenses totales du budget 2011 s’inscrivent en forte hausse de 11,2% à 176,7 milliards de francs CFA (269 M€) tandis que les recettes propres devraient croître de 9% à 116,5 milliards de francs CFA (178 M€). Les engagements d’aide extérieure déjà connus laissent cependant apparaître un besoin additionnel de financement de 22 milliards de francs CFA (33,5 M€) que la RCA envisagerait de couvrir, au moins partiellement, par des émissions de titres au travers du mécanisme en cours d’élaboration par la BEAC.
Situation de la dette publique, extérieure et intérieure.
Suite aux annulations intervenues dans le cadre de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, obtenu en juin 2009, l’endettement extérieur du pays a sensiblement diminué. La France a ainsi procédé à des annulations de dette pour 6,75 M€, dont 5,15 M€ au titre de l’accord en Club de Paris et 1,6 M€ au titre d’un effort bilatéral additionnel, accordé à titre exceptionnel.
La dette extérieure centrafricaine est cependant encore évaluée à 225 milliards de francs CFA (364 M€), soit 21,8% du PIB 2010, y compris les arriérés, qui sont estimés à 106,3 milliards de francs CFA (162 M€). Cette dette extérieure est désormais détenue à 92% par les créanciers bilatéraux non-membres du Club de Paris. Elle est encore appelée à se réduire, au fur et à mesure que les négociations engagées avec les pays non membres du Club de Paris aboutiront.
A la dette extérieure, s’ajoutent d’une part, une dette intérieure structurée qui a augmenté de 66% en 2010 à 124,1 milliards de francs CFA (189 M€), constituée majoritairement des avances et crédits de la BEAC (environ 100 M€), et d’autre part, des arriérés internes estimés à 117 milliards de francs CFA (175 M€), correspondant essentiellement à la dette sociale (72% des arriérés recensés).
Avec une dette totale (intérieure, extérieure et arriérés) représentant 43,8% du PIB 2010 et d’inexistantes marges de manœuvres budgétaires, la République centrafricaine reste contrainte à financer ses investissements publics sur dons, voire exceptionnellement, sur des crédits très concessionnels.
Des contraintes structurelles persistantes
Le développement économique centrafricain continue par ailleurs de se heurter à plusieurs contraintes structurelles majeures.
Au niveau des infrastructures, la République centrafricaine souffre d’un manque de moyens à plusieurs niveaux. La faiblesse de la fourniture en eau (Sodeca) et en électricité (Enerca) reste ainsi problématique (taux de facturation des productions très bas, infrastructures vétustes entraînant des coupures fréquentes). La rénovation des centrales de Boali, qui alimentent la capitale, n’a été décidée que très tardivement, après que le pays eut connu une très grave crise énergétique (juillet 2008). Au niveau des transports, les routes goudronnées font figure d’exception, ajoutant, à l’enclavement extérieur (le pays ne dispose pas d’accès direct sur l’océan, l’essentiel de ses importations transitant par le Cameroun), un enclavement intérieur qui rend parfois impossible l’accès des productions aux marchés et aux circuits de commercialisation. La voie fluviale est impraticable de décembre à juillet et les infrastructures de transport aérien apparaissent vétustes et insuffisantes. Enfin, les moyens de productions sont dépassés et l’acquisition de nouveaux matériels s’avère souvent compliquée, empêchant toute modernisation des structures ou hausse sensible de la productivité.
Au niveau institutionnel, le classement « Doing Business » 2009 de la Banque Mondiale, dans lequel la République centrafricaine figure au 180ème et avant dernier rang, montre l’inadaptation du cadre centrafricain à accompagner une économie moderne. Les nombreuses défaillances constatées en matière de gouvernance ont, en effet, contribué à maintenir un environnement néfaste, caractérisé par une mauvaise gestion des finances et des services publics, un niveau de corruption élevé et un manque d’efficacité des interventions de l’Etat.
Le manque de ressources humaines qualifiées, lié notamment à la pauvreté endémique et aux insuffisances du système éducatif, les difficultés d’accès aux sources de financement pour les opérateurs économiques (fragilité du système bancaire) ou encore l’instabilité politique récurrente et l’insécurité qui s’est installée dans la majeure partie du pays, figurent parmi les autres contraintes majeures auxquelles doivent faire face les autorités.
A moyen terme, la diversification de l’économie et des partenaires commerciaux, la restauration des infrastructures, le maintien d’une consommation intérieure forte ainsi que la consolidation de la paix seront des objectifs fondamentaux à atteindre pour poser les bases d’un développement économique durable en République centrafricaine.
